• Emilie

Aide-moi à faire seul

Aujourd’hui face à l’engouement que suscite la pédagogie de Maria Montessori, certains n’hésitent plus à parler d’un « phénomène de mode ». A première vue le terme « phénomène de mode » peut avoir une connotation très péjorative pour la plupart d’entre nous mais je pense qu’il est important d’approfondir notre réflexion car sinon nous risquons de passer totalement à côté de certains aspects et de rester dans une réflexion superficielle.


Si aujourd’hui grâce à la médiatisation dont elle fait l’objet rares sont les personnes qui n’ont jamais entendu parler de la pédagogie de Maria Montessori, il ne faut pas oublier qu’il y a encore dix ans très peu de personnes connaissaient l’existence de cette pédagogie en France.  Donc si « l’effet de mode » permet d’accorder une plus grande place à la question de l’éducation dans les débats actuels ou de rendre la pédagogie de Maria Montessori accessible au plus grand nombre, je trouve que les conséquences de « l’effet de mode » sont plutôt positives.


Alors bien sûr il y a des dérives et pour moi la plus symbolique et celle qui consiste à transformer la fameuse phrase de Maria Montessori « Aide moi à faire seul » en « Apprends-moi à faire seul ». On voit d’ailleurs fleurir dans les rayons des librairies de nombreux ouvrages estampillés « Montessori » intitulés « Apprends-moi à faire seul ». Pour certains l’erreur peut paraitre anecdotique, mais selon moi elle est bien au contraire révélatrice de la position dans laquelle se place l’adulte et même la société par rapport à l’enfant. Aujourd’hui je vous propose de découvrir ce qu’il se cache derrière ce fondement de la pédagogie de Maria Montessori « Aide moi à faire seul » mais je vais également insister sur les différences entre « Apprends-moi » et « Aide moi » car elles sont pour moi fondamentales si vous voulez comprendre la pensée Montessori.



« Aide moi à faire seul »


Selon la pédagogie de Maria Montessori l’enfant porte en lui tous les potentiels, le rôle de l’adulte est donc de les aider à éclore d’où la fameuse phrase de Maria Montessori « Aide moi à faire seul ». En effet, l’adulte n’est pas celui qui apprend à l’enfant qui ne sait pas mais il est l’accompagnateur ou encore le guide qui va aider l’enfant à découvrir son environnement, ce qui implique une relation d’égalité entre l’adulte et l’enfant. Dans un premier temps l’adulte va observer l’enfant pour cerner sa personnalité et déterminer dans quelle période sensible il se trouve, ensuite il lui présentera une activité qui correspond aux besoins de développement qu’il aura identifiés, l’enfant est alors libre de la poursuivre ou non. L’enfant est libre de choisir son activité mais l’adulte se doit de lui proposer un choix limité qui correspond à ces observations.


L’un des points essentiels de la pédagogie de Maria Montessori est l’acquisition de l’autonomie c’est-à-dire que l’enfant doit être capable de faire un maximum de choses seul et pour lui. Ainsi le rôle de l’adulte n’est pas de juger le travail de l’enfant mais de l’accompagner, l’enfant ne doit pas être dans l’attente des encouragements de l’adulte « C’est bien, félicitations … »

Si l’on veut aider l’enfant à faire seul, l’environnement préparé a également une importance capitale, car il permettra à l’enfant d’évoluer en sécurité dans un environnement adapté à lui et à ses besoins.



« Apprends-moi à faire seul »


La phrase « Apprends-moi à faire seul », implique que l’enfant est dans une posture d’attente vis-à-vis de l’adulte, nous ne sommes donc plus dans une relation d’égalité. On se retrouve dans la situation de l’adulte qui sait face à l’enfant qui ne sait pas, ce qui induit également une dépendance de l’enfant envers l’adulte. Selon la phrase « Apprends-moi à faire seul », c’est l’adulte qui décide ce que l’enfant doit apprendre ou non, or personne ne sait mieux que l’enfant ce dont il a besoin. La phrase « Apprends-moi à faire seul » va donc à l’encontre d’une des célèbres citations de Maria Montessori que vous avez certainement déjà entendu ou lu « L’enfant n’est pas un vase qu’on remplit mais une source qu’on laisse jaillir ». Lorsque l’on dit « Apprend- moi à faire seule » on sous-entend au contraire que l’enfant reçoit le savoir de l’adulte, il apparait donc comme un vase que l’on remplit.


J’espère que cet article vous aidera à mieux appréhender le concept « Aide moi à faire seul » et également à mieux cerner la nuance capitale qu’il existe entre « Aide moi à faire seul » et « Apprends-moi à faire seul ».


N’hésitez pas à me faire part de vos impressions, je vous souhaite une excellente journée.


Emilie

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